Comment avez-vous découvert WIBS ?

 

J’ai tout d’abord fait un Bac B. J’ai eu tôt une idée (apparemment) précise de ce que je voulais faire et ne pas faire : je voulais faire du business, et ne voulais pas reprendre l’entreprise familiale.

Admissible dans 3 autres écoles de commerce dans toute la France, j’ai choisi WIBS-IPME. Son positionnement très tourné PME m’a plu. L’ancrage dans le concret et ses formations de manager séduisantes convenaient parfaitement à mon projet de carrière. J’ai pu faire immédiatement la connaissance de  Jacques Benssoussan, son cofondateur, et nos échanges m’ont beaucoup plu et motivé. Je me suis senti entendu, et compris. 

Le pur hasard des situations a fait que, vingt cinq ans plus tard, mon fils Steven, à la recherche d’une école de commerce post-bac, est retombé sur Jacques dans un salon. Et il lui a parlé avec la même passion qu’il avait avec moi. J’ai vu alors le même feu s’allumer dans ses yeux!

Mon fils Steven a ainsi intégré Weller et a terminé son master cette année !

Le programme durait trois ans à l’époque. Weller était une toute jeune école, il flottait dans l’air un esprit de conquête conjugué à une certaine humilité. On m’y a appris à oser et à avoir du courage, à persévérer. C’était quelques fois/souvent Rock and Roll, et toujours très vivant: il fallait y aller, se dépasser.

Avec le recul, je trouve de nombreux points communs entre l’entreprenariat et la pratique de mes  sports favoris, la voile et de rugby.

Les valeurs sont les mêmes : esprit d’équipe, dépassement de soi, curiosité et soif d’apprendre.

Ce que j’avais vécu dans le sport, je l’ai retrouvé à l’école. J’ai eu quelques très bons intervenants.

Que ce soient les cours de Jacques, les cas pratiques, les business game « poulet basquaise », nous allions droit au concret, à l’essentiel.

Nous sortions tout juste du bac, et nos professeurs nous disaient : « Prenez rendez-vous avec cinq chefs d’entreprise, les plus élevés possibles, et obtenez une interview. Par du réseau, des standards, des amis, vous vous débrouillez! Visez haut, et tâchez de vous faire remarquer pour intégrer les meilleurs postes ! » Je me suis retrouvé ainsi dans le bureau de plusieurs grands patrons. Quelle expérience !

L’expérience américaine a été formidable, enrichissante, dynamisante et marquante à vie.

A la toute fin de mon cursus de formation s’est posée la question de mon avenir.

J’avais trouvé un boulot dans les vêtements de ski à Los Angeles qui me plaisait beaucoup.

Je voulais retourner  travailler aux USA même si la vie hors « business » y était plus compliquée.

Je persistais à ne surtout pas envisager à reprendre l’entreprise familiale.

Cependant, après avoir récolté beaucoup d’avis autour de moi, ceux en particulier des conseillers de mon entreprise familiale (qui faisaient tout pour me faire changer d’avis), mes convictions ont évolué et j’ai pu (ou su) saisir le challenge que la reprise pouvait représenter.

Les dernières œillères que je pouvais avoir sont tombées involontairement, et le challenge du coup m’est paru extrêmement intéressant.

J’ai repris l’entreprise familiale très peu de temps après. C’était devenu une certitude rentrée en moi. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais….

WIBS m’a permis d’être prêt pour relever un défi que je ne voulais a priori pas du tout !

 

Parlez-nous donc de votre intégration !

 

Je suis rentré dans l’entreprise familiale en janvier 1987. L’entreprise, Ypo Camp (ex-CECV), était à l’origine spécialisée dans la distribution de caravanes et mobil homes sur 3 départements (44, 56, 85).

J’ai intégré l’entreprise pour la reprendre à terme.

A cet égard, (aidés par les conseillers de l’entreprise) mon père et moi nous sommes calés pour établir un plan de reprise de l‘entreprise échelonné sur dix années, avec des points de passage. Rien n’était acquis, il fallait que je fasse mes preuves petit à petit, que je prouve ma capacité.

Ce laps de temps est à la fois long et très court quand il s’agit apprendre tout d’un métier ou d’une entreprise ! L’entreprise employait à l’époque 20 personnes et faisait 3 millions d’euros.

Pendant 15 ans, nous avons donc beaucoup développé avec mon père.

L’entreprise était très largement axée sur le mobil home et la caravane, et l’idée était de se diversifier sur d’autres métiers.

J’ai rapidement créé, dès 1988, une enseigne nationale spécialisée dans l’accessoire pour camping-car et plein air. Il nous fallait, pour grandir, devenir plus fort en achat et dans le savoir-vendre : ce qui était autrefois accessoire devait devenir un centre de profit complet.

En 1995, j’ai développé une enseigne spécialisée dans la distribution de véhicules de loisirs (caravanes et mobil home mais surtout camping-car), enseigne qui regroupe aujourd’hui une trentaine de concession.

En parallèle, j’ai également acheté et aménagé six campings, puis revendu quatre d’entre eux. Mon entreprise en détient toujours deux.

Il y avait plusieurs méthodes pour orchestrer cette expansion.

Celle que j’ai choisie, c’était de créer avec d’autres personnes.

Je pars du principe que plusieurs cerveaux réunis valent mieux qu’un pour être innovant et mener des grands combats. Le commerce est une aventure à plusieurs. Comme le sport.

J’ai finalement totalement repris et dirigé l’entreprise familiale à partir de 1997.

Le marché du loisir était à ce moment-là porteur.

Nous sommes passés en 20 ans de 3 à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires!

Les chiffres du marche du camping car ont été  étourdissants : + 100% de progression du marché en 6 ans,  croissance à deux chiffres pendant 25 ans.

La difficulté était de gérer la croissance, la gestion du fonds de roulement et l’aspect logistique global!

Et puis 2008...Tout le secteur se souviendra longtemps de cette année.

 En avril, croissance à deux chiffres pour mon groupe; fin août, cloture de l’exercice 4 mois après,  une inversion avec chute globale à 2 chiffres. C’était la crise !

Les raisons de cette décroissance : les prémices de la crise bien connue, et pour nos clients une brusque augmentation du gasoil.

Après avoir redimensionné l’entreprise pour aller chercher la croissance, il a fallu inverser tout et gérer la décroissance brutale.

Depuis 2008, le marché n’a cessé de baisser un peu tous les ans jusqu’en 2014 ou il a un peu repris des couleurs.

 

Que retenez-vous de cette période particulière?

 

Avec le recul, il est malheureux de constater qu’on apprend plus dans l’échec que dans le succès. Avec l’échec, on prend plus le temps d’aller rectifier ses erreurs, de boucher les trous de la coque, de repérer les comportements non-professionnels. Bref d’analyser ses lacunes.

Quand l’activité a dégringolé, il a fallu développer des trésors de ressources, rebondir, s’adapter, créer et tout réinventer pour s’en sortir.

Depuis 3 ans, renforcés par tous ces chocs, on n’a jamais été aussi bon !

Tout cela a un coté frustrant, mais c’est comme ça.  On se dit mais si j’avais fait ça avant alors que tout allait bien… !!

Il faudrait parvenir à analyser tout en savourant les succès, ce qui permettrait (dans le meilleur du monde) de gagner du temps et de l’énergie !

Dans ces aventures, le chef d’entreprise, c’est celui qui doit donner le cap.

Il doit savoir où aller et comment, il doit  être positif et organisé.

Il doit fédérer ses équipes, être un moteur. Il doit être réactif tout en gardant la tête froide. Il doit, il doit, il doit… mais il doit aussi prendre du plaisir sans cela le burnout peut être proche.

Comme un skipper à la voile, attentif quand la mer est calme, mobilisé quand le vent souffle pour tenir le cap et maintenir le bateau pour qu’il résiste.

Je pense que tous les gens passés par là en tant que chef d’entreprise me comprendront.

Nous avons poursuivi le développement de l’activité camping-car, activité qui n’existait pas dans l’entreprise, en continuant à développer nos autres métiers.

Aujourd’hui, le groupe fait 50 millions d’euros et emploie une centaine de personnes sur 10 sites d’Angoulême jusqu’à Rennes.

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes entrepreneurs WIBS qui se lancent ?

J’ai deux conseils à leur donner : 

  1. Être curieux. Ne pas avoir d’œilleres, regarder tout, découvrir, expérimenter, s’ouvrir aux autres et aux autres cultures. Se préparer à des techniques de recul pour aller vite ensuite. 

Les étudiants doivent en fait  se préparer à des métiers qui n’existent peut-être même pas encore.

  1. Être gourmand. Apprécier avec intensité tous les moments qui viennent. Etre fort et impliqué au  travail et savoir profiter des moments de convivialité.

En gros, remplir son rôle de capitaine sur le terrain en allant au charbon avec ses équipiers, et savoir gouter de la 3éme mi-temps. (3 valeurs du Rugby)

La gourmandise c’est un moteur de la passion, et sans passion la réussite est impossible.

 

Merci Laurent ! Excellente continuation !